Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, un fournisseur ne peut pas couper l'électricité, le gaz ou la chaleur d'une résidence principale pour une facture impayée, même en résiliant le contrat (article L115-3 du code de l'action sociale et des familles). En électricité, il peut réduire la puissance, sauf pour les bénéficiaires du chèque énergie (en pratique, s'ils l'ont fait valoir auprès de lui). La dette reste due, et les coupures redeviennent possibles le 1er avril 2027. L'eau d'une résidence principale ne peut pas être coupée pour impayé, à aucun moment de l'année.
- Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 : pas d'interruption de l'électricité, du gaz ou de la chaleur pour impayé dans une résidence principale, y compris par résiliation du contrat. La trêve ne couvre ni une résidence secondaire, ni le fioul, le bois ou le gaz en citerne, selon le médiateur national de l'énergie.
- Réduction de puissance électrique possible pendant la trêve (jusqu'à 3 kVA pour un contrat de 6 kVA ou plus, 2 kVA pour un contrat de 3 kVA), sauf pour les bénéficiaires du chèque énergie, que la loi exclut ; en pratique, il faut l'avoir fait valoir auprès du fournisseur.
- Face à un impayé : demander un échéancier au fournisseur (il n'y est pas obligé), saisir les services sociaux ou le fonds de solidarité pour le logement, dont la saisine maintient la fourniture jusqu'à la décision (deux mois au plus, selon le décret), puis le médiateur national de l'énergie, deux mois après une réclamation écrite restée sans solution.
Une facture d’électricité ou de gaz qui reste impayée, un courrier de relance, puis un second qui annonce une « réduction ou interruption de fourniture » : c’est le parcours d’un impayé d’énergie. À partir du 1er novembre, il change de règles pendant cinq mois. Voici ce que dit la loi, ce que le décret laisse faire au fournisseur, et les démarches à engager sans attendre le printemps.
Coupure d’électricité pour impayé : interdite du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027
La règle tient dans le troisième alinéa de l’article L115-3 du code de l’action sociale et des familles : « Du 1er novembre de chaque année au 31 mars de l’année suivante, les fournisseurs d’électricité, de chaleur, de gaz ne peuvent procéder, dans une résidence principale, à l’interruption, y compris par résiliation de contrat, pour non-paiement des factures, de la fourniture d’électricité, de chaleur ou de gaz aux personnes ou familles. »
Pour cet hiver, la période court donc du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027. Trois précisions comptent :
- la résidence principale seulement. Le médiateur national de l’énergie le rappelle sur sa fiche consacrée à la trêve : pour une résidence secondaire, le fournisseur peut interrompre la fourniture ;
- la résiliation ne sert pas de détour. Le texte vise l’interruption « y compris par résiliation de contrat » ;
- seuls l’électricité, le gaz et la chaleur sont visés. Selon la même fiche, la trêve ne concerne pas le fioul, le bois ni le gaz en citerne.
La dette, elle, ne s’efface pas. Elle continue de courir, et le fournisseur peut poursuivre ses relances pendant l’hiver.
Trêve hivernale et électricité : la réduction de puissance reste possible
La phrase suivante de l’article L115-3 ouvre une porte : « Les fournisseurs d’électricité peuvent néanmoins procéder à une réduction de puissance, sauf pour les consommateurs mentionnés à l’article L. 124-1 du code de l’énergie. » Cet article L124-1 est celui du chèque énergie, attribué aux foyers dont le revenu fiscal de référence est inférieur à un plafond.
La réduction a un plancher. L’article 4 du décret n° 2008-780 interdit de descendre sous 3 kVA pour un contrat de 6 kVA ou plus, et sous 2 kVA pour un contrat de 3 kVA.
Ces réductions ne sont pas marginales. Selon le communiqué du médiateur national de l’énergie du 3 mars 2026, les limitations de puissance pour impayé, toutes périodes de l’année confondues, sont passées de 937 000 en 2024 à 948 000 en 2025. Les coupures d’électricité ont reculé, de 203 767 en 2024 à 143 625 en 2025, soit 30 % de moins.
Coupure de gaz pour impayé : aucune pendant la trêve
Le gaz naturel suit la même règle que l’électricité pendant la trêve : pas d’interruption pour impayé dans une résidence principale. Il n’existe pas, pour le gaz, d’équivalent de la réduction de puissance : le décret prévoit seulement son interruption, hors trêve. Le médiateur relève que les coupures de gaz ont augmenté de près de 4 % en 2025.
Le calendrier d’une coupure pour impayé, hors trêve
Le décret n° 2008-780 fixe les étapes que le fournisseur doit suivre avant de réduire ou de couper. Il distingue le cas général et les ménages qui ont fait valoir le chèque énergie, qui ont déjà reçu une aide du fonds de solidarité pour le logement (FSL) pour une facture de ce même fournisseur, ou dont la situation entre dans les conventions signées avec le département (article 2).
| Étape | Cas général | Chèque énergie ou aide du FSL |
|---|---|---|
| Facture non payée | 14 jours après l’émission, ou à la date limite si elle est plus tardive | Même délai |
| Premier courrier | Délai supplémentaire de 15 jours | Délai supplémentaire de 30 jours |
| Second courrier | Au moins 20 jours avant la mesure | Au moins 20 jours avant la mesure |
| Mesure (électricité) | Réduction ou coupure | Réduction à 1 kVA avec compteur communicant, sinon réduction ou coupure |
| Coupure ensuite | — | Après 60 jours de réduction et un nouveau courrier, 20 jours avant |
Ces délais se succèdent et continuent de courir l’hiver : le décret prévoit que des courriers soient envoyés entre le 1er novembre et le 31 mars (article 5), seule l’interruption est reportée. Pour les ménages du tableau de droite, l’article 2 prévoit que la période de 60 jours de réduction de puissance, si elle est interrompue par la trêve, « reprend pour la durée restante » à son issue. Pendant ces 60 jours, le fournisseur doit contacter le client au moins deux fois, une fois par écrit et une fois oralement, pour chercher un accord.
Hors de la trêve, l’article L115-3 pose aussi un principe : pas de coupure d’électricité dans une résidence principale sans une période de réduction de puissance d’au moins un mois. Il renvoie à un décret le soin d’en fixer les bénéficiaires et la durée. Dans sa version en vigueur, le décret n° 2008-780 n’organise cette étape (au moins 60 jours, puissance réduite jusqu’à 1 kVA) que pour les ménages du tableau de droite équipés d’un compteur communicant.
Coupure d’électricité pour impayé : que faire
1. Contacter le fournisseur, par téléphone puis par écrit. Il peut accorder un échéancier de paiement, rappelle le médiateur dans sa fiche sur les difficultés de paiement. Ce n’est pas une obligation pour lui, mais l’écrit garde la trace de la démarche. Chaque fournisseur désigne un correspondant « solidarité-précarité » pour les échanges avec les services sociaux (article 11 du décret).
2. Faire valoir le chèque énergie. Les courriers de relance invitent le client à régler sa facture avec le chèque ou à adresser au fournisseur l’une des attestations prévues par le code de l’énergie (article 1 du décret). C’est ce qui ouvre les délais allongés et, pendant la trêve, protège de la réduction de puissance.
3. Saisir les services sociaux et le FSL. Le fonds de solidarité pour le logement de chaque département aide, selon son règlement intérieur, les ménages qui ne peuvent pas payer leurs factures d’eau ou d’énergie. Le dépôt du dossier compte : à partir de cette date, la fourniture est maintenue jusqu’à la décision (article 3 du décret, qui renvoie à l’article L115-3). À défaut de décision d’aide dans un délai de deux mois, le fournisseur peut de nouveau réduire la puissance ou, hors trêve, couper, en prévenant au moins 20 jours à l’avance.
4. Saisir le médiateur national de l’énergie. Le recours est gratuit (article L122-1 du code de l’énergie). Il faut d’abord une réclamation écrite au fournisseur. Le médiateur peut être saisi deux mois après la date de cette réclamation si elle n’a pas réglé le litige, et rend sa recommandation dans un délai de 90 jours, qui peut être prolongé. Un conseiller répond au numéro vert énergie-info, le 0 800 112 212 (service et appel gratuits).
5. Si les dettes s’accumulent. Quand l’énergie n’est qu’une dette parmi d’autres, un dossier de surendettement peut être déposé auprès de la Banque de France. Les chiffres de 2025 sont dans notre article sur les dossiers de surendettement. Pour le loyer, la trêve hivernale protège aussi de l’expulsion, avec d’autres exceptions : voir ce que la trêve change pour le locataire.
Pendant la trêve, une coupure a eu lieu : les réflexes
Si l’électricité ou le gaz d’une résidence principale est interrompu pour impayé entre le 1er novembre et le 31 mars, le médiateur conseille de prévenir immédiatement le fournisseur par écrit puis, si la situation ne se régularise pas rapidement, de contacter le médiateur lui-même pour obtenir de l’aide au rétablissement de la fourniture. Le décret prévoit par ailleurs que les fournisseurs déclarent chaque trimestre à la Commission de régulation de l’énergie et au médiateur leurs coupures et réductions de puissance, en distinguant les réductions de puissance réalisées pendant la trêve (article 12 bis).
Après le 31 mars 2027
Le 1er avril 2027, rien n’est remis à zéro. Dans le cas général, un client qui a reçu les deux courriers prévus par le décret peut voir sa fourniture coupée ; pour les ménages du tableau de droite équipés d’un compteur communicant, la réduction de puissance interrompue par l’hiver reprend pour ses jours restants. Le médiateur national de l’énergie demande, dans son communiqué de mars 2026, l’interdiction des coupures d’électricité pour impayé toute l’année. Ce n’est qu’une demande : au 8 octobre 2026, l’article L115-3 permet toujours ces coupures hors de la trêve.
Vos questions
Mon fournisseur peut-il me couper l'électricité pour impayé en hiver ?
Non, pas dans une résidence principale entre le 1er novembre 2026 et le 31 mars 2027, même en résiliant le contrat (article L115-3 du code de l'action sociale et des familles). Il peut en revanche réduire la puissance du compteur, sauf si vous bénéficiez du chèque énergie : la loi vous exclut de cette réduction, mais en pratique il faut l'avoir fait valoir auprès de lui. Une résidence secondaire n'est pas protégée.
Coupure de gaz pour impayé : la trêve hivernale s'applique-t-elle ?
Oui. Le même article interdit l'interruption du gaz naturel et de la chaleur pour impayé dans une résidence principale pendant la trêve. Le gaz en citerne, le fioul et le bois ne sont pas concernés, selon le médiateur national de l'énergie.
Coupure d'électricité pour impayé : que faire ?
Contacter le fournisseur pour demander un échéancier, envoyer l'attestation de chèque énergie si vous en avez une, prendre rendez-vous avec les services sociaux de la commune ou du département pour une demande au fonds de solidarité pour le logement (le dépôt du dossier maintient la fourniture jusqu'à la décision ; sans décision sous deux mois, le fournisseur peut de nouveau agir), puis saisir gratuitement le médiateur national de l'énergie si une réclamation écrite reste sans solution pendant deux mois.
À quel niveau la puissance peut-elle être réduite pendant la trêve ?
L'article 4 du décret n° 2008-780 fixe un plancher : la puissance ne peut pas descendre sous 3 kVA pour un contrat de 6 kVA ou plus, ni sous 2 kVA pour un contrat de 3 kVA. Hors trêve, un ménage qui a fait valoir le chèque énergie auprès du fournisseur, ou qui a déjà reçu une aide du FSL pour une facture de ce fournisseur, et qui dispose d'un compteur communicant, peut voir sa puissance réduite jusqu'à 1 kVA pendant au moins 60 jours avant une coupure.
Que se passe-t-il le 1er avril 2027 ?
La dette n'a pas disparu, et la procédure n'est pas remise à zéro : les courriers ont pu être envoyés pendant l'hiver, et une coupure redevient possible une fois les délais prévus par le décret écoulés. Pour un ménage dont la période de réduction à 1 kVA avait été interrompue par la trêve, elle reprend pour la durée restante.
Nos sources
- ✓ Du 1er novembre de chaque année au 31 mars de l'année suivante, les fournisseurs d'électricité, de chaleur, de gaz ne peuvent procéder, dans une résidence principale, à l'interruption, y compris par résiliation de contrat, pour non-paiement des factures ; réduction de puissance possible, sauf pour les consommateurs mentionnés à l'article L124-1 du code de l'énergie ; dispositions applicables aux distributeurs d'eau tout au long de l'année ; maintien de la fourniture jusqu'à la décision sur une demande d'aide ; hors trêve, interruption de l'électricité seulement après une période de réduction de puissance d'au moins un mois, bénéficiaires et durée fixés par décret. Légifrance, code de l'action sociale et des familles, art. L115-3 (version en vigueur depuis le 18 août 2022) , CASF, art. L115-3 (2022)
- ✓ Procédure d'impayé : premier courrier si la facture n'est pas payée 14 jours après son émission ou à la date limite ; délai supplémentaire de 15 jours (30 jours pour un bénéficiaire du chèque énergie qui l'a fait valoir, un ménage déjà aidé par le FSL pour une facture de ce fournisseur, ou une situation prévue par les conventions départementales) ; second courrier au moins 20 jours avant la réduction ou l'interruption ; réduction à 1 kVA pendant 60 jours avant interruption pour ces ménages équipés d'un compteur communicant ; reprise de cette période après la trêve ; maintien de la fourniture dès le dépôt d'un dossier FSL, décision attendue sous deux mois ; pendant la trêve, puissance réduite au plus à 3 kVA (contrats de 6 kVA ou plus) ou 2 kVA (contrats de 3 kVA) ; courriers d'hiver mentionnant l'exception du chèque énergie « sauf si elles ont fait valoir » en bénéficier. Légifrance, décret n° 2008-780 du 13 août 2008 relatif à la procédure applicable en cas d'impayés des factures d'électricité, de gaz, de chaleur et d'eau, art. 1 à 5 (version consolidée, modifiée en dernier lieu par le décret n° 2023-133 du 24 février 2023) , décret n° 2008-780, art. 1 à 5 (2023)
- ✓ Le chèque énergie est un titre spécial de paiement attribué aux foyers dont le revenu fiscal de référence, compte tenu de la composition du foyer, est inférieur à un plafond ; un seul chèque par logement, au titre du logement principal ; fournisseurs et distributeurs d'énergie tenus de l'accepter. Légifrance, code de l'énergie, art. L124-1 (version en vigueur depuis le 16 février 2025) , code de l'énergie, art. L124-1 (2025)
- ✓ Le médiateur national de l'énergie recommande des solutions aux litiges ; saisine directe et gratuite, après une réclamation écrite préalable auprès du fournisseur qui n'a pas réglé le différend ; la saisine suspend la prescription. Légifrance, code de l'énergie, art. L122-1 (version en vigueur depuis le 3 mai 2025) , code de l'énergie, art. L122-1 (2025)
- ✓ Saisine du médiateur national de l'énergie possible deux mois à compter de la date de la réclamation écrite ; recommandation dans le délai de quatre-vingt-dix jours, éventuellement prolongé, de l'article R612-5 du code de la consommation. Légifrance, code de l'énergie, art. R122-1 , code de l'énergie, art. R122-1 (2017)
- ✓ Le fonds de solidarité pour le logement accorde, selon son règlement intérieur, des aides aux personnes qui ne peuvent pas payer leurs fournitures d'eau, d'énergie et de services téléphoniques, ainsi qu'au titre des dettes de loyer. Légifrance, loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, art. 6 , loi n° 90-449, art. 6 (2018)
- ✓ La trêve ne concerne pas le fioul, le bois ni le gaz en citerne, et s'applique seulement à la résidence principale ; réduction de puissance impossible pour un bénéficiaire du chèque énergie à condition d'avoir transmis l'attestation au fournisseur ; en cas de coupure pendant la trêve, prévenir le fournisseur par écrit puis le médiateur. Médiateur national de l'énergie, energie-info.fr, fiche « La trêve hivernale » (2026)
- ✓ Le fournisseur peut accorder un échéancier ; un nouveau contrat chez un autre fournisseur n'annule pas la dette ; déplacement du technicien facturé ; numéro vert énergie-info 0 800 112 212. Médiateur national de l'énergie, energie-info.fr, fiche « Que faire si j'ai des difficultés pour payer ma facture ? » (2026)
- ✓ En 2025, 1,2 million d'interventions pour impayés chez des particuliers, en baisse de 3,7 % ; coupures d'électricité passées de 203 767 en 2024 à 143 625 en 2025 ; limitations de puissance passées de 937 000 à 948 000 ; coupures de gaz en hausse de près de 4 % ; demande d'interdiction des coupures d'électricité toute l'année. Médiateur national de l'énergie, communiqué du 3 mars 2026 (2026)
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